Neuropsychologie

Inflammation cérébrale et dépression majeure

Par Jonathan Elie-Fortier, coordonnateur du CAREN.

Une équipe de chercheurs pense que des processus inflammatoires au cerveau pourraient expliquer en partie pourquoi certains individus développent une dépression majeure.

De manière succincte, nous pouvons comprendre la dépression majeure comme une psychopathologie qui est à la fois physique et mentale. La personne en état de dépression majeure peut présenter plusieurs symptômes tels la fatigue, la perte d’énergie, une difficulté à rester concentrée, des problèmes de sommeil, un changement du poids corporel, et une perte du plaisir. Or, plusieurs de ces symptômes ressemblent aussi à ce qu’une personne peut vivre lorsque son système immunitaire s’active pour défendre l’intégrité du corps. C’est dans cette tentative d’explorer les liens entre dépression et inflammation qu’une équipe du Centre for Addiction and Mental Health à Toronto a étudié un groupe d’individus en état de dépression majeure, et plus spécifiquement leur niveau d’inflammation cérébrale.

L’inflammation est un processus immunitaire essentiel à notre rétablissement suite à une atteinte aux tissus du corps. Elle provoque une augmentation de l’afflux sanguin à l’endroit où le corps est endommagé et contribue ainsi à la réparation des tissus. En accomplissant ce rôle, l’inflammation cérébrale peut aussi mener vers des symptômes déplaisants si elle est trop importante : fièvre, fatigue, mal de tête et confusion mentale. Si ces symptômes sont suffisamment intenses, on parle alors d’une encéphalite.

Dans la population présentant une dépression majeure, l’inflammation avait déjà été mesurée avec des marqueurs sanguins. Cependant, c’est la première fois que des données sur l’inflammation provenant directement du cerveau sont obtenues. L’équipe du Dr Jeffrey Meyer s’est intéressée aux cellules du système immunitaire cérébral, plus spécifiquement connues sous le nom de microglies. Celles-ci, présentes dans le cerveau ainsi que dans la moelle épinière, jouent un rôle important dans la cascade moléculaire qui déclenche l’inflammation cérébrale.

Pour voir s’il y a effectivement une corrélation entre l’inflammation cérébrale et la dépression chez l’humain, l’équipe du Dr Meyer a utilisé l’imagerie cérébrale par tomographie à émission de positrons (TEP), afin de mesurer l’activité métabolique des microglies chez 20 individus atteints de dépression majeure. Plus précisément, ils ont ajouté un marqueur faiblement radioactif à une molécule utilisée surtout par les mitochondries de ces microglies pour générer de l’énergie. Puis, ils ont injecté plusieurs copies de cette molécule dans le sang des participants. Finalement, ils ont regardé si les microglies étaient plus actives dans le cortex frontal, le cortex cingulaire antérieur et l’insula des patients en mesurant la concentration du traceur radioactif à chacun de ces endroits et en comparant avec un groupe contrôle.

Les résultats de ces analyses ont montré que l’activité des microglies était 30% plus élevée dans le cerveau des personnes atteintes de dépression majeure que chez les participants du groupe contrôle, ce qui indique une inflammation cérébrale plus importante. Ce résultat était obtenu dans les trois aires cérébrales visées. Les niveaux d’inflammation étaient aussi les plus élevés chez les individus dont les symptômes de dépression étaient les plus lourds.

Cette découverte, publiée dans le journal de l’Association médicale américaine, section « Psychiatrie », permet de penser que l’utilisation des anti-inflammatoires pourrait avoir des effets bénéfiques sur la dépression majeure chez certains patients si l’inflammation cérébrale s’avère être un facteur causal de ce trouble mental.

 

 

Événements à venir au CAREN:

13 Février

Comment rapatrier scientifiquement « l’autre » moitié de la vie mentale : tutoriel sur la signalisation extra synaptique

Une conférence ouverte à tous et à toutes offerte par le Centre d’activités et de ressources étudiantes en neuroscience (CAREN) en affiliation avec le Cercle de recherche en sciences cognitives (CRISCo) sera donnée par le professeur Claude M.J. Braun, Ph.D., le 13 février à 13 heures, au local W-5215.

18 Février

Le merveilleux monde des réponses auditives sous-corticales

Une conférence ouverte à tous et à toutes offerte par le Centre d’activités et de ressources étudiantes en neuroscience (CAREN) sera donnée par Diana Arias, étudiante au doctorat en neuropsychologie, le 18 février à 13 heures,  au local SU-1380.

 

Référence :

Setiawan, E., Wilson, A.A., Mizrahi, R., Rusjan, P.M., Miler, L., Rajkowska, G., … Meyer, J.H.. (2015). Role of translocator protein density, a marker of neuroinflammation, in the brain during major depressive episodes. JAMA Psychiatry. doi: 10.1001/jamapsychiatry.2014.2427

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