Neuropsychologie

Vox Prof : Comment étudier selon certains professeurs de la section neuropsychologie

Comment étudier? Comment se préparer à une évaluation? Voici ce qu’en disent quelques professeurs de la section de neuropsychologie de l’UQÀM et la littérature scientifique!

Les questions vis-à-vis le parcours en psychologie ne cessent pas. Quant aux interrogations face aux évaluations, plusieurs ne trouvent pas de réponses adéquates. Plusieurs guides d’étude tentent d’expliquer comment se préparer à divers types d’évaluation et suggèrent même quelques méthodes pour mieux identifier l’information pertinente et la retenir. Qu’est-ce qui mène vers une bonne compréhension de la matière et vers de bonnes notes, et qui aurait réponse à cette question? On pense rapidement à quelques professionnels et, bien évidemment, à ceux qui conçoivent les évaluations. Tous les professeurs d’université, peu importe leur section et leur spécialisation, ont été à leur tour assis sur les bancs de cours, comme vous. Comment ont-ils réussi leur parcours universitaire?

C’est avec cette question en tête que j’ai été à la rencontre de certains professeurs de la section neuropsychologie de l’UQAM.  Ce qu’ils avaient à rapporter pourrait vous intéresser!

Claude Braun, Ph.D . :

«  En tant qu’étudiant, je créais des tableaux de concepts, je visualisais la matière, je la décomposais.  Cela me facilitait l’étude et exigeait  de « brasser » la matière d’un point de vue cognitif. Une fois cela fait, je retournais à mes lectures et repassais à travers la matière avec mon réseau de concepts sous forme de tableau. Ça m’aidait à bien comprendre et à voir où il me restait des apprentissages à faire. Ces tableaux forcent à réfléchir sur les grandes lignes de la matière, sur le corpus général et sur ces fameux détails utiles lors d’une évaluation. Ceci constitue un truc métacognitif de haut niveau.

Il y a bien sûr des trucs métacognitifs de bas niveau, comme se faire une phrase ou une histoire drôle avec la première lettre de chaque mot (ou concept) dans une liste à se souvenir par cœur. Les histoires fonctionnent bien aussi si elles sont propres à la personne. Plusieurs exemples existent. Une phrase bien connue en médecine, pour se souvenir des noms des douze nerfs crâniens, est : « On old Olympus’ towering top a Fin and German viewed some hops ». Un autre exemple commun est la phrase qui permet de se souvenir des noms des planètes. Beaucoup de gens l’ont déjà entendue : Mon Vieux Tu M’as Jeté Sur Une Nouvelle… Mais on doit maintenant exclure Pluton! Cela aide à se rappeler les planètes : Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne et Neptune.

De plus, un autre truc bien utile est de donner une importance morale à ce qu’on tente de comprendre et d’apprendre. Par exemple, on se visualise et on se projette dans un bureau où on est neuropsychologue, devant des personnes qui nous posent des questions sur notre diagnostic. Dans une telle situation, on n’a tout simplement pas le droit de se tromper et de mélanger les concepts du Manuel Diagnostic et Statistique des Troubles Mentaux (DSM).

On peut également décomposer la matière à l’étude. Prenons en exemple un symptôme du DSM. Pourquoi retrouvons-nous 15 fois le mot « cerveau » dans l’autisme et aucune fois dans le stress? Tenter de répondre à ce genre de question implique une réflexion profonde sur la matière à l’étude. Tous ces trucs, en contrepartie, demandent de prendre le temps et de donner un effort soutenu afin de comprendre adéquatement. »

Concepts clés : Tableaux, trucs mnémoniques, visualisation de situations cliniques

Dave St-Amour, Ph.D. :

« D’abord, le concept de personnes « auditives » ou « visuelles » est un mythe. Oui, certains individus ont une préférence et peut-être même une facilité à retenir quelque chose une fois lue ou une fois entendue, mais ces différences sont de l’ordre du détail et sont loin d’être assez significatives pour catégoriser des personnes sous des libellés de ce genre. Ces catégories que certaines personnes utilisent n’existent tout simplement pas.

Lire de manière continue peut entraîner de la fatigue, et c’est quelque chose de tout à fait normal. Changer notre position corporelle assise aux 15 à 20 minutes aide lors de la lecture et peut aider à contrer cette fatigue.

La grande erreur des étudiants et des étudiantes consiste à tenter d’apprendre quelque chose en l’étudiant pendant une seule période de temps continue qui dure des heures. Il est important de ne pas faire un effort trop intense pendant une période de temps trop longue. Plusieurs études démontrent que la période d’attention optimale se situe aux alentours de 30 minutes. Il est donc important, dans une séance d’étude « idéale », de décrocher après cette période de concentration optimale. Pendant cette période, il ne faut pas se laisser distraire. Bien que j’ai déjà étudié pendant des heures et obtenu de très bons résultats, la rétention de ces apprentissages à long terme (plus d’une semaine) est très mauvaise.

Un bon truc, c’est de lire pendant 30 minutes sans essayer de retenir quoi que ce soit par cœur. Il faut aussi prendre le temps de lire une fois avant le cours, d’assister au cours, et de revenir sur la matière plusieurs fois par la suite. Ces multiples relectures et retours facilitent l’apprentissage à long terme de la matière à l’étude.

Également, la verbalisation de ce qu’on a lu est importante. Il peut alors être utile pour certains (pas pour moi, qui aimais davantage étudier seul!) de travailler en équipe. Chaque personne du groupe peut prendre un concept de la matière à l’étude et lire sur ce sujet afin de l’expliquer aux autres lors de la rencontre. Chaque individu peut aussi créer quelques questions pour un minitest lors de la prochaine rencontre où il y aura un retour sur ce qui a été vu. Penser à ces questions et expliquer à l’autre nous oblige à revenir sur la matière se rattachant au concept à apprendre et peut mettre en évidence notre maîtrise, ou non-maîtrise, du sujet.

Un troisième point, en lien avec les centaines d’articles publiées à ce sujet, consiste à bien dormir non seulement la veille d’une évaluation, mais également après avoir étudié. Une bonne nuit de sommeil est cruciale pour que le cerveau consolide bien les informations absorbées durant la journée. Il faut noter que la consolidation est meilleure si on étudie juste avant le sommeil. »

Concepts clés : pauses, relectures, verbaliser, sommeil

André Achim, Ph.D. :

« Il faut être attentif en classe. Lorsque je quittais la classe, je me demandais toujours si j’avais compris le message donné. Quand c’est possible, l’étudiant devrait aussi lire les lectures pour le cours avant celui-ci.

Une chose que l’étudiant universitaire doit garder en tête, c’est qu’il se fait former. Au  niveau universitaire, il devient très important de bien acquérir les connaissances offertes. Aux cycles supérieurs, ces acquis sont encore plus importants. Il est crucial de mettre la compréhension de la matière en premier plan.

Moi, je lis lentement et je souligne beaucoup. Quand j’étais au baccalauréat, à chaque fin de cours, je me faisais aussi un résumé de ce que j’y avais appris. »

Concepts clés : lectures, compréhension, résumés

Jean-François Gagnon, Ph.D. :

« Selon moi, c’est important de varier les médias d’apprentissage. Il faut de se présenter au cours afin d’avoir une présentation audio de la matière et faire les lectures pour en avoir une présentation plus visuelle, mais il est aussi important de varier nos sources. Une bonne idée, c’est de consulter différents livres sur un même sujet afin d’avoir accès à différentes présentations de la même matière. Plusieurs capsules vidéo sur YouTube et sur TED.com peuvent aussi être de bonnes sources pour avoir un contenu varié et expliqué de manière différente sur un sujet donné.

Lire avant le cours, y assister et s’en faire un résumé une fois celui-ci terminé est une excellente façon de fonctionner. Créer des schémas afin de se représenter la matière sous une forme plus intégrée peut aider à mieux comprendre un sujet ou un thème où il y a plusieurs liens entre les différents concepts. L’exercice de se représenter la matière sous forme de dessins force un rappel des idées clés, en détail et de manière générale.

J’ai souvent fait des lectures jusqu’à trois heures du matin, la journée d’un examen, en ayant de très bons résultats. C’est évident qu’une bonne nuit de sommeil la veille ne peut pas nuire, mais pas au point de faire la différence si vous n’avez pas étudié! »

Concepts clés : varier les sources, résumés, schémas

La littérature scientifique

Les professeurs ci-haut ont abordé plusieurs méthodes mnémotechniques. Ils ont mentionné les trucs qu’ils préféraient et/ou qui fonctionnaient le mieux pour eux et selon leurs expériences personnelles. Est-ce que d’autres techniques s’offrent à nous pour l’étude? De plus, qu’en dit la littérature?

Dans les faits, plusieurs autres techniques existent et ont fait l’objet de recherches scientifiques. D’après l’analyse des problèmes de mémoire et des stratégies possibles pour les contourner de Morris (1978), je vais focaliser la suite de cet article sur ce qui intéresse un lectorat étudiant. Plus concrètement, je vais aborder quelques trucs mnémotechniques et quelques autres méthodes pour mieux étudier.

D’abord, les trucs mnémotechniques sont des techniques d’aide à la mémoire utilisées lors de l’étude.

Méthodes basées sur l’imagerie mentale: Elles servent typiquement à mémoriser des listes de mots indépendants, telle une liste d’épicerie ou une liste de noms. Elles sont particulièrement utiles lorsqu’il faut mémoriser l’information de façon précise et dans un ordre donné.

  • La méthode des lieux : Appelée aussi méthode des loci, c’est une des méthodes les plus connues dont l’usage est noté dans certains écrits de l’Antiquité romaine (Boutonnet, 2013; Roy et Zumthor, 1985). Elle procède en trois étapes : 1-Une série de lieux est mémorisée (p.ex. : les pièces de sa maison) 2-Les mots à retenir sont assignés dans chaque lieu selon un parcours mental 3-Lors du rappel, les mots sont récupérés dans l’ordre, un à un, en parcourant de nouveau le trajet initial. Crovitz (1971) a démontré que cette méthode était optimale lorsqu’un maximum de deux items étaient placés à un lieu donnée. (Exemple : Dans un parcours mental, se rappeler le mot « baleine » et lorsqu’on arrive au bain)
    • Cette méthode permet de retenir presque parfaitement une liste de 40 ou 50 mots dans l’ordre demandé.
    • Les résultats de Crovitz (1971) indique qu’en associant un ou deux items par lieu, 85% des items d’une liste en contenant 50 étaient récupérés dans le bon ordre. Sans cette technique, seulement 20% des mots étaient récupérés dans l’ordre demandé.
  • La méthode des crochets: Le principe consiste à créer une image intégrant les mots à retenir avec des repères qu’on appelle des crochets. Ici, l’utilisation de crochets demande d’abord de mémoriser une série de rimes servant de crochet. Par exemple : Un-train, Deux-mains, Trois-croix, Quatre-lettre… jusqu’au nombre de crochets désirés. On utilise ce système, une fois mémorisé, pour y associer les mots d’une liste à retenir. Cette association se fait par imagerie mentale. Si le deuxième mot à apprendre est « carte », le participant crée une image mentale où une carte est dans ses mains. Grâce à la numérotation, il est possible de faire le rappel dans l’ordre demandé.
  • Un bémol : Foth (1973) a étudié l’efficacité de différentes méthodes mnémotechniques utilisant le principe des crochets et démontre que leur efficacité diminue de façon importante si les mots à retenir sont abstraits et difficiles à imaginer.
  • Les méthodes mnémotechniques verbales: Ces méthodes concernent la difficulté de rappel d’items déjà en mémoire et font appel à un recodage verbal structuré des premières lettres ou syllabes en un mot ou en une phrase facile à retenir. La phrase mentionnée ci-dessus par Claude Braun en est un bon exemple.
  • Morris et Cook (1978) ont testé l’efficacité de cette technique en opposant deux groupes : un qui utilisait une mnémotechnique verbale et l’autre s’en passait. Le groupe utilisant la technique avait une performance de 90% contre le score de 55% du groupe contrôle dans une tâche de rappel en ordre.

Les techniques d’étude: Ces techniques peuvent faciliter l’apprentissage et la mémorisation de textes organisés en relation avec un sujet d’étude dans un contexte académique.

  • La méthode PQ4R: Présenté par Anderson (1985), elle tire son nom des termes anglais la désignant : Preview, Question, Read, Reflect, Recite, Review. L’étude d’un chapitre d’un manuel, avec cette technique, comporte six étapes :
  1. Survol (preview) : Survoler le chapitre à étudier afin de déterminer les points importants et d’identifier les sections à lire en unités.
  2. Questionnement (question) : En utilisant les titres et le sous-titres, élaborer des questions sur le texte à lire.
  3. Lire (read) : Lire en essayant de répondre aux questions.
  4. Réflexion (reflect) : Réfléchir sur le sens de ce qui a été lu.
  5. Rappel (recite) : Après chaque section, se remémorer le contenu en tentant de répondre aux questions pré-élaborées.
  6. Révision (review) : En insistant sur les points importants, réviser le contenu du chapitre et les questions et réponses.
  • Hamilton (1985) démontre que la performance d’un groupe utilisant cette méthode par questions (préquestions et postquestions) est en général supérieure de 20% par rapport à un groupe contrôle. Hamilton souligne que l’utilisation des préquestions est préférable lorsqu’il est question de compréhension et d’évaluation sur les aspects sémantiques du texte étudié.
  • La prise de note et l’encodage: Cette technique est souvent utilisée en classe ou lors de la lecture d’un texte. Kiewra (1985) a fait une revue complète des travaux sur la prise de note. Ses conclusions, ainsi que celles d’Einstein, Morris et Smith (1985) et de Peper et Mayer (1986), indiquent que la prise de note favorise l’organisation des idées. De plus, cette technique permet une meilleure performance lors d’un test de compréhension contenant des aspects créatifs, comme les questions à développement.

À l’UQÀM, plusieurs moyens d’avoir accès aux ressources nécessaires pour bien réaliser vos études sont mis à votre disposition. Notamment, le CAREN offre l’accès à plusieurs manuels, ouvrages de référence, et groupes d’études aux étudiants et étudiantes intéressés à mieux comprendre et à mieux réussir.

Si vous désirez participer à un groupe d’étude dans un cours associé à la section neuropsychologie, n’hésitez pas à contacter le responsable de ce comité au : CAREN.permanences@gmail.com

Si vous désirez vous impliquer au centre, n’hésitez pas à visiter le centre au SU-J515 ou à consulter notre page Facebook CAREN-UQAM.

Bonne réussite et au plaisir!

Jonathan Elie-Fortier,

Coordonnateur

Centre d’activités et de ressources étudiantes en neurosciences

Université du Québec à Montréal

Références :

Anderson, J.R. (1985). Cognitive Psychology and its implications. New York : Freeman.

Boutonnet, F. (2013) Mnémosyne : Une histoire des arts de la mémoire de l’Antiquité à la création multimédia contemporaine. Paris, éditions Disvoir.

Crovitz, H.F. (1971). The capacity of memory loci in artificial memory. Psychonomic Science, 24, 187-188.

Einstein, G.O., Morris, J. et Smith, S. (1985). Note-Taking, individual diffrences and memory for lecture information. Journal of Educational psychology, 77, 522-532.

Fortin, C. et Rousseau, R. (2012). Psychologie cognitive : Une approche de traitement de l’information. Québec : Marquis.

Foth, D.L. (1973).  Mnemonic technique effectiveness as a function of word abstractness and mediation instruction. Journal of Verbal Learning and Verbal Behavior, 12, 239-245.

Hamilton, R.J. (1985). A framework of the evaluation of the effectiveness of adjunct questions and objectives. Review of educational Research, 55, 47-85.

Kiewra, K.A. (1985). Investigating notetaking and review: a depth of processing alternative. Educational Psychologist, 20, 23-32.

Morris, P.E. (1978). Sense and nonsense in traditional mnemonics. In M.M. Gruneberg, P.E. Morris et R.N. Skyes (Éds), Practical aspects of memory. New York: Academic Press.

Morris, P.E. et Cook, N. (1978). When do first letter mnemonics aid recall? British Journal of Education, 48, 22-28.

Peper, R.J. et Mayer, R.E. (1986). Generative effects of note taking during science lectures. Journal of Educational Psychology, 78, 34-38.

Roy, B. Zumthor, P. (1985). Jeux de mémoire : Aspects de la mnémotechnie médiévale. Montréal, Presses universitaires de Montréal / Paris, Vrin.

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