Psychologie communautaire

Modificaction des stratégies d’adaptation

L’effet de la stratégie d’adaptation « utiliser le soutien social » sur la santé mentale a été reconnu lors de nombreuses recherches (Caron et al., 2004 ; Brugha et al., 2003). Le choix de cette stratégie face à un évènement stressant serait multidimensionnel et dépendrait de nombreux facteurs, dépendamment du contexte et de l’individu. Peut-on améliorer ou augmenter l’utilisation de cette stratégie ou est-elle déterminée par des caractéristiques externes et/ou internes ?

L’emploi du terme « déterminée » dans cette question nous intéresse particulièrement. Peut-on parler de « déterminisme » en matière de stratégie d’adaptation et en particulier concernant le soutien social ? Le déterminisme est une notion philosophique selon laquelle toute action, évènement et phénomène, qu’il soit naturel ou humain, est dû au principe de causalité, soit causé par ses états antérieurs. Ainsi, si l’on suggère que la stratégie d’adaptation du soutien social est « déterminée » par certaines caractéristiques, celle-ci revêtirait un caractère prédictif sur lequel l’homme n’aurait aucun libre arbitre et sa volonté ne pourrait changer quoi que ce soit à cette détermination.

Certes, un déterminisme social est mis en avant par certains chercheurs, supposant qu’un bon soutien social serait déterminé par des facteurs externes tels le contexte socio-économique, les valeurs culturelles… D’autres suggèrent un déterminisme psychique, où l’homme serait prédisposé à faire face de manière identique à n’importe quel évènement. Enfin, un déterminisme génétique est évoqué où certains choix de coping seraient également associés à des variations neuroendocriniennes et immunitaires (Dantzer et al., 2003). Au sein de ces approches, l’homme et la société seraient envisagés tels des entités figés et déresponsabilisés de leurs actions.
Mais peut-on affirmer que l’environnement et l’homme sont immuables ? Quid des capacités du sujet à mobiliser des ressources et à avoir un libre arbitre ?

Au déterminisme est souvent opposé la liberté, qui définit l’individu comme un sujet de droits et de devoirs, non contraint, avec la faculté à se faire lui-même. La liberté vient légitimer le jugement moral et fonde la responsabilité. Selon nous, le choix de la stratégie de coping « soutien social » pourrait certes avoir dans certains cas une origine déterminée (par exemple socio-économique comme la pauvreté (Caron et al., 2005)) mais résulterait surtout de l’interaction de l’ensemble des sphères biologique, sociétale et individuelle. L’homme ne subirait pas de manière passive l’environnement mais aurait une part de responsabilité dans ses choix. L’homme et les différents milieux au sein desquels il vit sont en perpétuelle évolution et interaction. Lorsque l’environnement se modifie, comme lors de l’acquisition d’un nouveau travail par exemple, la structure des différentes sphères qui le constituent (micro-, méso-, macro-système…) peut être altérée et entraîner des changements dans les comportements et les développements humains. En complément, l’homme altère l’environnement en l’accordant à ses besoins et ses désirs. Il a la capacité de s’adapter, tolérer et créer les milieux au sein desquels il vit et se développe tout au long de sa vie (Bronfenbrenner, 1979). Cette théorie appuie donc notre pensée selon laquelle, les stratégies d’adaptation sont en mouvement et sont à la fois le résultat de caractéristiques prédéfinies et de la capacité de l’homme à influer sur son environnement. Ces stratégies font partie d’un processus évolutif constant et se feraient selon le modèle essai-erreur. Notre réaction à un évènement serait évaluée en fonction de ses effets et des efforts fournis. La situation serait alors réévaluée et d’autres manières de s’adapter seraient testées. Le soutien social s’inscrit selon nous au sein de cette dynamique.

De manière plus concrète, l’adaptation est un processus automatique. Cependant, il est possible d’apprendre à maîtriser, penser et évaluer la manière dont nous souhaitons nous adapter à une situation spécifique en discutant et en mettant en lumière ces processus comme le soutien social que nous utilisons au quotidien. Le programme Zippy’s friend par exemple, illustre bien la manière dont le soutien social peut être amélioré. L’idée est d’amener les enfants à identifier eux-mêmes si les solutions qu’ils ont mises en place répondent aux règles : « ça m’aide à me sentir mieux » et « ça ne fait de mal à personne ». En mettant en scène à travers des petites histoires des moments de la vie quotidienne, les enfants de 6-7 ans sont encouragés à travailler ensemble et s’entraider. Cela passe par l’augmentation de leur capacité à se faire des amis, l’amélioration de leurs capacités à aider les autres… Le programme permet d’étendre leurs options d’adaptation afin qu’ils deviennent aptes à utiliser différentes stratégies – particulièrement l’utilisation du soutien social.

Pour conclure, la question de la possibilité d’amélioration de la stratégie d’adaptation du « soutien social » fait écho à l’articulation complexe entre « déterminisme » et « liberté ». Se cantonner au déterminisme universel et renoncer au libre arbitre reviendrait à traiter l’homme comme on traite une chose, le considérer comme un animal. Nier la liberté, c’est ôter toute moralité et responsabilité aux actions de l’homme (en l’absence de libre arbitre, les plus grands dictateurs seraient-ils excusables ?). Mais dans le même temps, selon le déterminisme, notre choix d’utiliser la stratégie d’adaptation « soutien social » serait déterminé par des causes dont nous n’avons pas nécessairement conscience. La somme totale de ce qui nous constitue – à savoir notre génétique, notre histoire, nos expériences… – ne rend-t-elle pas inévitable, dans ces circonstances, nos décisions particulières ? Ou considère-t-on l’homme comme responsable moralement de ses choix?

Caroline Clavel

Étudiante au doctorat en psychologie communautaire

Références :
Caron, J. et Guay, S. (2005). Soutien social et santé mentale : concept, mesures, recherches récentes et implications pour les cliniciens. Santé mentale Québec, 2 : 15-41.

Lazarus, R.S. (1993). Coping Theory and Research : Past, Present, and Future. Psychosomatic Medicine, 55 : 234-247.

Paulhan, I. (2000). Les stratégies d’ajustement ou « coping ». Dans M. Bruchon-Schweitzer et R. Dantzer (dir.), Introduction a la psychologie de la santé (4e éd., p. 99-123). Paris, France : Presses universitaires de France.

Mishara, B. (s. d.). Le concept d’adaptation. En ligne : http://www.zippy.uqam.ca/documents/description/
concept_adaptation.pdf

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