Neuropsychologie

Mon expérience auprès de personnes présentant une démence

En sciences infirmières, dans le cadre d’un stage en gériatrie, j’ai eu l’occasion d’entrer en contact avec plusieurs personnes présentant des démences. Cette expérience fut très enrichissante et m’a ouvert les yeux sur cette condition que je ne connaissais que par l’entremise de la littérature scientifique.

On parle de démence lorsqu’« on observe une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser les activités quotidiennes » (Organisation mondiale de la santé, 2015). Les démences sont plutôt incapacitantes. Les personnes atteintes sont souvent en perte d’autonomie, ce qui signifie qu’elles nécessitent souvent des soins particuliers ou une prise en charge.

Lors de mon stage réalisé dans un centre d’hébergement de longue durée affilié à un CLSC, j’ai été confrontée à plusieurs types de démence et à plusieurs stades de progression de celle-ci. Chaque résident exprimait ses propres atteintes particulières et vivait avec celles-ci à sa propre manière.

Les résidents atteints de démence

Pour les besoins de mon stage, les personnes que j’ai côtoyées en résidence pourraient être classées en trois catégories. Certains individus parvenaient assez bien à communiquer avec les soignants et avec leur environnement, malgré certaines pertes cognitives. D’autres interagissaient avec leur entourage sans toutefois s’exprimer verbalement. Finalement, certains semblaient généralement amorphes et ne communiquaient pas beaucoup.

La première personne avec qui j’ai été en contact s’exprimait assez bien. Elle parlait en faisant des phrases courtes, mais bien articulées. Ce n’était donc pas tant la façon dont elle parlait, mais plutôt ce qu’elle disait qui révélait sa démence. Elle me parlait beaucoup de personnes faisant partie de son passé et elle omettait celles qui faisaient partie de son présent, ce qui suggérait une amnésie antérograde (difficulté à créer de nouveaux souvenirs). La sévérité de ses symptômes variait de jour en jour. À certains moments, la personne était tout à fait capable de participer à sa toilette quotidienne. À d’autres moments, elle avait de la difficulté à comprendre certaines instructions qui lui étaient données.

J’ai par la suite eu affaire à une personne incapable de communiquer de manière efficace avec l’extérieur. Plus tôt dans l’année, elle avait été capable de marcher et de communiquer verbalement avec le personnel et les autres résidents. Son état s’était cependant dégradé assez rapidement à la suite d’un accident. Lors de nos rencontres, elle ne parlait presque plus et elle bougeait très peu. Ses rares manifestations comportementales venaient de ses mains et de ses yeux,  qui me regardaient à l’occasion. Elle souriait aussi quelquefois comme si elle se rappelait d’un souvenir agréable, mais elle ne parlait plus.

Mes tâches lors du stage

Au quotidien, j’interagissais avec tous les résidents. Certains présentaient un discours assez cohérent alors que d’autres s’exprimaient difficilement. J’ai eu à rappeler mon nom assez souvent à certains résidents. Lorsque je mesurais les signes vitaux des résidents, par exemple, il pouvait être difficile de recueillir l’information nécessaire. Quelquefois, un résident pouvait démontrer des signes d’impatience, et il devenait donc difficile de prendre son pouls. Le moniteur de stage avait bien précisé que si la personne ne coopérait pas lors de l’offre de soins, il fallait respecter sa décision.

Il était aussi important de bien décrire au résident les soins que nous allions prodiguer. Par exemple, pour les soins d’hygiène, je devais décrire les prochains gestes que j’allais poser et comment la personne pouvait m’aider. Lors de la prise des repas, il fallait énumérer les aliments offerts et suivre le rythme de la personne. Il n’était pas rare de voir un résident qui refusait de manger, qui jouait avec sa nourriture, ou qui éternuait sur nous. Aider des gens atteints de démence, ce n’était pas de tout repos! Certains étaient capables de se servir d’ustensiles, mais devaient tout de même se faire rappeler que l’heure du repas était arrivée et qu’il était important de manger.

Le respect de la dignité des résidents atteints de démence était primordial. Pour cette raison, nous avions comme instruction de ne pas les infantiliser. Il était important d’appeler les résidents par leur nom, de faire preuve de politesse et de courtoisie, et de respecter leur intimité.

Ce que j’en retiens

La personne atteinte de démence, même celle qui semble amorphe et incapable de s’exprimer, est encore en mesure de comprendre en partie ce qui se passe dans son entourage. Les autres stagiaires et moi l’avions d’ailleurs remarqué : dès que notre moniteur de stage était dans les parages, les résidents semblaient s’éveiller et s’égayer. Quoique la tâche pouvait être pénible par moments, notre moniteur nous avait rassurés : développer la meilleure attitude envers ces personnes peut prendre du temps. Toutefois, il est important de comprendre que la vie des résidents ne se limite pas à leur démence, bien que celle-ci fasse partie de leur vie. Ces personnes ont donc autant le droit, sinon plus, à notre bonne humeur et à notre bonne volonté que celles rencontrées dans notre vie de tous les jours.

Stéphanie Prévil

Référence :

Organisation mondiale de la santé. (2015). La démence. Repéré à http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs362/fr/

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Une réflexion sur “Mon expérience auprès de personnes présentant une démence

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