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Les méthodes projectives…à quelles fins ?

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Par Noskill1343 via Pixabay

Ce texte se veut un témoignage sur l’utilité des méthodes projectives, et comment leur apport peut s’avérer pertinent dans un contexte de formation et d’initiation à la clinique en psychologie. Il relève d’une réflexion bien personnelle sur comment ces outils ont bonifié mon propre cheminement et ma compréhension de la psyché humaine. Ainsi, dans un contexte où la formation académique permet de moins en moins d’y être exposé et d’être sensibilisé à leur fonction, il m’apparaissait intéressant de partager cet intérêt, tout en espérant, peut-être, en éveiller un certain chez le lecteur.

Comment comprendre les outils projectifs ?

Les méthodes projectives, qu’il soit question, par exemple, du Rorschach, du TAT, du Patte noire chez les enfants, etc., tirent leur légitimité d’un concept clef, qui est non sans rappeler leur appellation, la projection. Celle-ci est entendue au sens d’un déplacement de ce qui habite le sujet (émotions, représentations ou fantasmes) vers l’extérieur, soit sur un objet, une personne ou encore une situation. En ce qui a trait spécifiquement aux tests projectifs, il s’agit d’inviter le sujet à projeter quelque chose de son monde interne sur un matériel standardisé, voire, plus largement, sur la situation d’évaluation tout entière. Par l’analyse de ces projections, on peut accéder à une compréhension globale et profonde de ce qui régit le fonctionnement du sujet.

Les tests projectifs tendent à mettre en lumière les différents processus qui habitent l’univers psychique de l’individu et qui se manifestent au quotidien selon différentes voies d’expression. Ils nous permettent, par exemple, de circonscrire les angoisses, les mécanismes de défense, les processus de pensée, la nature des relations d’objet, les limites, mais, surtout, ils nous renseignent quant à la façon dont tous ces éléments s’arriment et s’actualisent chez un individu précis.

Les méthodes projectives cherchent ainsi à mettre en lumière ce qui, au-delà de l’apparence du symptôme, en régit ses manifestations. Et c’est spécifiquement en ce sens qu’elles se présentent comme des outils d’évaluation appropriés puisqu’ils sont respectueux de la complexité humaine. Les méthodes projectives aspirent précisément à éviter le piège d’une description statique de l’individu à travers un filtre syndromal, tout en redonnant à la subjectivité humaine une place de choix et en reconnaissant une vie psychique unique et dynamique à l’individu.

Comment mettre à profit ces outils ?

À la lumière de cette compréhension, comment une familiarisation avec les méthodes projectives peut-elle concrètement contribuer au développement du clinicien ? D’un point de vue pratique, ces tests permettent d’accéder à une compréhension fine et subtile du fonctionnement psychique tout en outillant le psychologue afin de traduire au client ce qui l’habite, mais qui lui est pourtant difficile à mettre en mots. Ils permettent non seulement d’aborder la personnalité avec une théorie dynamique très riche, mais aussi d’en comprendre sa portée et ses implications dans le réel.

Par ailleurs, une connaissance des méthodes projectives et la capacité de les employer adéquatement m’apparaît un atout considérable lorsqu’il est question d’exercer au sein de différents milieux cliniques. Dans un contexte hospitalier, par exemple, le fait de maîtriser ces outils permet de bonifier le rôle du psychologue en contribuant à l’exercice de sa spécificité, c’est-à-dire de saisir le sens derrière les symptômes, de mieux comprendre ce qui échappe à la conscience. Les méthodes projectives permettent ainsi de soulever un matériel inconscient qui saura contribuer au diagnostic différentiel et, éventuellement, à une meilleure prise en charge du patient.

Force est de constater que dans le contexte politique actuel, où les ressources allouées à la santé mentale sont de plus en plus restreintes, le temps représente malheureusement un luxe. En ce sens, il apparaît hautement pertinent de réitérer l’intérêt, voire l’importance, de ces outils qui répondent, aux contraintes d’«efficacité» qui peuvent nous être imposées, et ce, sans toutefois abdiquer sur la complexité de l’individu.

Au-delà de cet argument plutôt utilitaire, les méthodes projectives, en permettant d’aller au-delà des manifestations apparentes, évitent de passer outre des fragilités importantes de la personnalité que certains symptômes peuvent camoufler. Plusieurs cas de figure pourraient être ici évoqués. Mentionnons l’exemple classique des comportements ritualisés, dont les angoisses sous-jacentes sauront si aisément se faire oublier à la faveur d’un diagnostic de «Trouble obsessionnel compulsif» et d’une prise en charge purement comportementale. L’intégration des outils projectifs au sein d’une évaluation clinique complète permet ainsi d’accéder à une meilleure compréhension du sujet, et, logiquement, de mieux orienter le traitement et les recommandations qui seront apportées.

Et ce dernier aspect n’est pas banal. Le fait de mieux comprendre la problématique et d’y répondre adéquatement se justifie à tous les niveaux : éthiquement, financièrement, mais surtout cliniquement. À cet effet, permettons-nous d’évoquer un exemple intéressant afin de mieux saisir l’utilité de ces méthodes, soit la clinique adolescente. Alors que la structure de la personnalité est toujours en développement, l’adolescence représente un moment charnière où la reconnaissance de fragilités peut permettre d’éviter leur cristallisation et d’envisager un aménagement moins souffrant pour l’adulte en devenir.

Pourquoi ne pas faire davantage la promotion des outils projectifs ?

Pourquoi ne pas faire davantage la promotion des méthodes projectives, notamment à travers le milieu académique ? Sans avoir de réponse, l’une des pistes de réflexion à considérer est leur caractère souvent décrit comme «subjectif». À cet effet, il m’apparaît important de réitérer comment la projection est un mécanisme qui, bien au-delà du client, n’épargne pas le clinicien. En ce sens, sans formation rigoureuse, et ce, peu importe la méthode choisie, le clinicien est à risque d’interpréter son propre univers psychique plutôt que celui du client. Les méthodes projectives ont parfois mauvaise presse, ce qu’un manque de formation adéquate pourrait malheureusement venir renforcer.

Par ailleurs, un second argument qui pourrait nourrir notre réflexion autour de la perte d’intérêt pour les méthodes projectives relève de la nature et de l’ampleur du travail que nécessite l’apprentissage de celles-ci. Leur complexité peut en effrayer certains. En effet, la formation peut parfois s’avérer insécurisante, puisqu’elle oblige à des allers-retours incessants entre théorie et manifestations ou encore entre théorie et clinique. Également, elle force à remettre en question notre compréhension d’une multitude de concepts, afin d’accéder à une meilleure objectivation de ce que vit le client. Bref, si l’apprentissage de ces méthodes nécessite un investissement important à différents niveaux, la richesse clinique qui en résulte et le sens que prend le matériel qu’elles nous fournissent me semblent en justifier amplement les efforts.

En conclusion, il existe différentes façons d’accéder à une représentation clinique du client, mais les méthodes projectives m’apparaissent comme une avenue de choix pour le psychologue qui souhaiterait diversifier sa pratique et sa compréhension du fonctionnement humain. Les opportunités de formation existent : des cours introductifs comme ceux donnés à l’UQAM, des activités bi-annuelles de la Société Québécoise des Méthodes Projectives (SQMP) (sqmp.org) ou encore un programme de spécialisation en évaluation projective de l’Institut de Psychologie Projective (IPP) (psychologieprojective.org).

 

Par Dominique Bergeron-Drolet

Doctorante en Psychologie, 6e année, UQAM

Participante Institut de Psychologie Projective, 3e année

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