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Réflexion sur l’ordinaire

alice

Par Oscar Keys via Unsplash

Avertissement : Cet article porte sur la violence sexuelle, les agressions sexuelles, la culture du viol et la sexualité. Il s’agit de thèmes pouvant être violents pour les lect.eur.rice.s et pouvant heurter la sensibilité de certaines personnes. Je crois qu’il est préférable de vous en aviser.

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3 octobre 2017

Ma sœur et moi passons un «moment de qualité» ensemble à manger du gelato sur une terrasse à Montréal. Nous sommes toutes deux militantes, mais avons des vocations différentes. Elle est plus orientée vers la réalité des jeunes autochtones du Québec et moi, vers celle des femmes. Nos luttes sont différentes. Bien que nous ne sommes pas autochtones, nous vivons toutes deux les oppressions systémiques du sexisme.

Je lui parle d’une récente agression à caractère sexuel que j’ai vécue depuis que j’ai emménagé à Victoriaville. Cela fait à peine trois mois que j’y habite. Elle baisse les yeux et semble touchée par cette situation. Ce n’est pas la première violence de cette nature que je vis. On aborde ensuite la question des estimations de taux d’agression sexuelle. Certaines sources affirment qu’une femme sur quatre a vécu une agression, d’autres ont des chiffres qui s’apparentent plus à deux femmes sur cinq. Une autre estimation statistique affirme que 90% des agressions ne sont pas dénoncées. Il s’agit de taux élevés, mais la divergence des estimations montre les effets du silence face à la violence sexuelle vécue par les femmes. Cette culture du silence est nourrie par les interrogatoires que les femmes doivent subir afin de permettre à leurs interlocut.eur.rice.s de juger s’il s’agit «réellement» d’une agression sexuelle.

Je regarde ma sœur et j’ai le cœur gros. Je repense aux agressions qu’elle a vécues et dont nous avons déjà discuté. Je repense à mon autre sœur qui m’a partagé des situations inconfortables dans lesquelles elle s’est retrouvée et dont aujourd’hui elle est en mesure d’identifier comme étant des d’agressions sexuelles. Je repense à ma mère qui nous parlait dès notre jeune âge de l’importance de dénoncer parce qu’elle-même ne se sentait pas capable de le faire pour ce qu’elle-même avait subi. Dernièrement, le silence s’est brisé. Elle a ouvert le dialogue avec sa propre mère qui, à son tour, a pu briser son silence. Je repense à ces tantes qui ont vécu des formes d’inceste et de violences à caractère sexuel. Je repense à ces amies qui se retrouvent dans des situations où elles disent non, mais où l’on s’approprie tout de même leur corps. Ces situations où elles ne veulent pas et où d’autres hommes se doivent d’intervenir afin que cela cesse. Je vois ces femmes brisées, brisées par cette culture du silence. Ces femmes qui se battent afin d’étouffer cette réalité qui nous ronge de l’intérieur.

Puis, je m’arrête, je me questionne sur les milieux dans lesquels nous avons grandi. Nous sommes des femmes, blanches, provenant d’un milieu socio-économique élevé, ayant en très grande majorité un niveau d’éducation universitaire et étant conscientisées quant aux enjeux féministes ainsi qu’à la question de la culture du viol. Ces caractéristiques font de nous des personnes protégées par le système, mais nous subissons tout de même ces violences. Si l’on reprend les statistiques qui parlent d’une femme sur quatre ou de deux sur cinq, elles n’ont aucun lien avec la réalité telle qu’elle est vécue et n’ont donc aucune valeur.

Je pourrais me questionner. S’agit-il simplement d’un hasard que d’avoir un entourage qui est aussi touché par cette problématique? Je suis plutôt portée à croire que cette vague de dévoilement découle du fait, qu’au départ, j’ai pris la décision de briser les chaînes du silence. En ouvrant le dialogue, j’ai vu de multiples femmes s’ouvrir à moi et à leur tour me partager leurs expériences. Je suis donc fermement convaincue que ce qui importe, c’est d’ouvrir le dialogue. Un dialogue authentique qui se doit d’être bienveillant sans être curieux, d’être attentif sans être moralisant, mais surtout soucieux du bien-être d’autrui. Ce dialogue doit s’ancrer dans la douceur, puisque cette douceur est nécessaire aux changements et aux ouvertures.

Arrêtez-vous, malgré le rythme effréné dans lequel la vie nous emporte, et prenez le temps de discuter avec vos ami.e.s, votre famille. Surtout, soyez ouvert.e.s et à l’écoute du vécu des autres.

 

Voici une référence qui pourrait vous soutenir dans vos démarches :

Trêve pour Elles

Téléphone : 514-251-0323

Adresse courriel : trevepourelles@gmail.com

http://trevepourelles.org/wp/pour-nous-joindre/

 

Par Dandelion

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