Neuropsychologie

Cadeaux et cerveau

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Par Rawpixel via Unsplash

Replongez dans votre enfance pour retrouver le souvenir d’un cadeau de Noël un peu décevant. L’hiver et sa neige sont arrivés, le père Noël est passé et les cadeaux sont sous le sapin. Vous avez demandé un nouveau vélo, un jeu vidéo ou peut-être des accessoires de peinture. Vous voyez bien, à la forme de l’emballage, qu’il se peut que vous ayez reçu exactement ce que vous souhaitiez! Puis, le 25 décembre arrive enfin. Après tant d’attente, on vous tend votre cadeau que vous déballez rapidement. Surprise! C’est bien un jeu vidéo, mais pas celui que vous espériez. Ou alors, c’est un nouveau vélo, mais il est brun-vert plutôt que rouge éclatant. Ou encore, vous avez reçu des crayons plutôt que de la peinture. Vous ne croyez plus au père Noël, alors vous remerciez vos parents avec un sourire un peu forcé. Vous vous dîtes que c’est l’intention qui compte, alors vous cachez le mieux possible le fait que vous éprouvez malgré vous une certaine déception.

Cette déception ressentie provient d’une différence entre la valeur attribuée à la situation anticipée et la valeur attribuée à la situation réelle. Les systèmes cérébraux qui déterminent ces deux valeurs sont compliqués, mais le système qui compare ces deux valeurs est remarquablement simple et élégant. Il fait appel aux neurones dopaminergiques du mésencéphale, dont l’activité représente une « erreur de prédiction de la récompense ». L’erreur de prédiction de la récompense a été particulièrement bien décrite par Schultz, Dayan, et Montague (1997) lors de l’enregistrement de l’activité de neurones chez le singe. Pour conditionner leurs primates, l’arrivée de jus de fruits sucré bien appréciée par les singes était précédée de l’allumage d’une lumière. Avant le conditionnement (figure 1a), l’activation des neurones dopaminergiques des singes était associée à l’arrivée de jus de fruits, que les singes n’avaient pas encore appris à prédire. Après le conditionnement (figure 1b), l’activation de ces mêmes neurones était liée à la lumière seulement : l’arrivée du jus de fruits correspondait aux attentes et ne déclenchait pas une nouvelle activation. Cependant, suite au conditionnement, une lumière sans jus de fruits (figure 1c) faisait cesser l’activité des neurones dopaminergiques au moment où le jus aurait dû apparaître.

 

 

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Figure 1. Erreur de prédiction de la récompense dans les neurones dopaminergiques du singe. Axe des X : Temps en secondes. Axe des X : Différents neurones. Chaque point représente un potentiel d’action. SC = Stimulus conditionné (lumière). R = récompense (jus). Figure adaptée de Schultz, Dayan, et Montague (1997).

 

Lorsqu’on vous tend un cadeau, vous êtes agréablement surpris. Il y a beaucoup de cadeaux à distribuer, et vous ne vous attendiez pas à ce que le prochain soit le vôtre! De plus, toutes les attentes par rapport au contenu du cadeau s’expriment à ce moment dans vos neurones dopaminergiques. Ensuite arrive le moment fatidique : vous déchirez l’emballage rouge et vert parsemé de bonshommes de neige, trop curieux pour attendre une seule seconde additionnelle. Enfin, vous savez maintenant si vous avez reçu ce que vous souhaitiez. Si c’est bien le bon jeu vidéo, si le vélo est rouge frappant ou si vous vous voyez déjà en train de peinturer avec vos nouveaux pinceaux, les neurones dopaminergiques s’activent. Vous êtes un peu surpris, après tout, qu’il n’y ait pas eu d’erreur et que votre cadeau soit parfait! Au contraire, si c’est le mauvais jeu vidéo, si le vélo est brun-vert ou si les nouveaux crayons risquent de se retrouver au fond d’un tiroir, les neurones dopaminergiques ralentissent leur activité. La surprise est alors présente, mais peu agréable, car le cadeau ne répond pas aux attentes.

Ce système de comparaison entre les attentes et la réalité fait partie d’un circuit cérébral qui permet entre autres d’ajuster les prédictions futures afin de les rendre plus exactes. Ainsi, un cadeau décevant cette année mènera à des attentes moins élevées l’an prochain. De même, si vous offrez toujours une boîte de chocolats à une personne de votre entourage, celle-ci saura bientôt exactement à quoi s’attendre, et vous perdrez toute possibilité de la surprendre et d’activer ses neurones dopaminergiques lorsqu’elle verra ses chocolats cette année. Pour cette raison, il vaut peut-être mieux ne pas être trop prévisible, quitte à prendre le risque de décevoir un peu!

Pour terminer, je vous souhaite à tous un joyeux temps des fêtes, de beaux cadeaux, et des neurones dopaminergiques très actifs lors du déballage de ceux-ci!

Par Yanick Leblanc-Sirois

 

Référence

Schultz, W., Dayan, P., & Montague, P.R. (1997). A neural substrate of prediction and reward. Science, 275, 1593-1599. doi: 10.1126/science.275.5306.1593

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