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Chronique « Les minutes douces » : Deep talk

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Tous droits réservés à Cecile Psicheer

Deep talk. Expression fréquente. Pour les soirées d’été autour du feu. À parler d’étoiles. D’infini. De plus grand que soi. Les moments de tête-à-tête. Pas dans le sens du mot qu’on utilise tout le temps. Les moments vrais, je veux dire. D’humain à humain. De mental à mental. L’impression de plonger dans celui qui nous fait face. Dans son monde, à lui. Dans ses façons de percevoir, d’interpréter. Ses façons de vivre. De ressentir. L’impression d’y faire couler un peu de nous aussi. Un partage des eaux. Les chutes qui rafraîchissent.

Parler au-delà de cette enveloppe qu’on nous inflige. Parler de loin. Parler plus loin. Les masques qui tombent. Le temps d’un talk. Aborder la santé mentale et le struggling autour d’un café. Le je-me-noie-mais-je-remonte. La nage qu’on fait tous. Qu’on fait certaines fois plus que d’autres. Celle qu’on oublie qu’on fait. Ou qu’on oublie de faire tout court. Articuler les choses qui creusent le ventre. Ce qui est perçu comme accablant pour plusieurs. Ce qui enlève de cette distance qui nous sépare. Les kilomètres entre nous qui raccourcissent en parlant avec nos tripes. Ce qui rejoint, ce qui rapproche. Les réflexions riches de sens. Sur ce qui importe. Sur ce dont on se fout. Les connexions momentanées qui vibrent. Juste en étant. Nul autre que soi. Nul autre que véritablement ensemble.

[J’soupire fort]

Voyons, toi. Qu’est-ce que tu viens de dire là?

C’est quoi ça, s’excuser de ressentir?

Tu fais ça depuis quand? Que j’t’entende plus jamais.

Je sais que ça crie les mêmes choses, par-dessus tête. Ressens pas trop, fais-en assez. Épuise-toi au pire. Les épuisés, les successful. Les moins chargés, les stigmatisés. Sauf qu’à ça, j’aimerais rajouter que t’es pas obligé de tout gober. De ravaler ce que tu penses, ce qui ne cadre pas avec ce que les autres perçoivent. De ragréer. Tu peux parler, tu as le droit. Tu dois te le donner, ce droit-là. Au détriment d’en décevoir. Au détriment de te décevoir. Parce que ton corps, il t’appartient, à toi et pour toute ta vie. Ce qui traîne entre tes deux oreilles et ta santé mentale y compris. Vaut mieux en prendre soin à partir de tu-suite, tu penses pas?

T’essaies de parler, mais la tête t’y bloque?

Reste un temps, on va jaser.

Assieds-toi, on va s’écouter.

Ça m’intéresse ce que tu dis, ce que tu ressens.

J’suis pas la seule qui trouve ça important, t’sais.

Ça s’apprivoise, les émotions.

Tu vas finir par les trouver belles, toi aussi.

Tu vas finir par me croire quand je te le dis.

Mais d’ici là, tire-toi une chaise. Tout près, à côté. Juste là. Qu’on parle deep jusqu’à ce que ça sorte. Y’est tard, mais j’suis pas pressée. Même que j’les aime, ces conversations-là. Prends ton temps, on a tout le temps qu’il faut. Tu mérites d’être entendu.

Par Laurence Inkel

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