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Réflexions sur les privilèges

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Par Clem Onojeghuo via Unsplash

Vous est-il déjà arrivé de vous questionner à savoir pourquoi vous pensez ce que vous pensez d’un sujet de discussion ? Vous est-il déjà arrivé de prendre part à une discussion dont le sujet ne vous concernait pas ? Quelle était à ce moment votre position ?

Il y a plusieurs manières de mettre en lumière les privilèges que nous avons. L’une des façons de le faire est de se questionner sur les avantages immérités que nous possédons et que le système nous a offerts. En d’autres mots, il s’agit d’identifier certaines choses que l’on tient pour acquises et que l’on considère comme étant le strict minimum. Il serait possible de prendre, par exemple, le fait que vous considérez que la police est là pour vous protéger; qu’il vous est possible rentrer tard le soir seul en vous sentant en sécurité; qu’il est en notre pouvoir d’aller où bon nous semble quand bon nous semble, grâce à notre santé physique; que vous ne ressentez pas de malaise à aller dans les salles de bains publics; que vous ne vous faites pas demander de quelle origine vous êtes; que vous n’avez pas à expliquer votre orientation sexuelle… Ces éléments ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Prendre conscience que vous correspondez à un ou plusieurs de ces énoncés vous permet de souligner les privilèges qui vous sont donnés. Ces réponses mettent aussi en lumière les positions dans lesquelles vous êtes oppriméEs. Prendre conscience que ces énoncés ne sont pas valides pour touTEs, c’est ouvrir son esprit à la réalité des personnes opprimées et marginalisées.

Une fois cette première prise de conscience entamée, il est possible de mieux comprendre votre position dans le carrefour des rapports sociaux. Ainsi, en tant que personnes privilégiées, il est de notre devoir de laisser la place aux populations marginalisées afin qu’elles émergent et qu’elles sentent qu’elles ont leur place dans le discours dominant tout autant que nous. Cette émergence passe entre autres par les prises de parole.

Partons de l’a priori que « les possibilités de prendre la parole sont limitées par le temps ». Lorsqu’une personne parle, elle prend un certain temps de parole. Les personnes privilégiées (homme, blanches, valides, cisgenres[1], hétérosexuelles…) sont encouragées par le discours dominant à prendre parole, ce qui les amène à le faire davantage. Ainsi, il n’est pas rare qu’elles saturent l’espace et qu’elles ne laissent pas place à la parole des oppriméEs. Il est nécessaire d’être à l’écoute des personnes avec lesquelles nous dialoguons. Les silences dans le dialogue permettent de laisser place à la réflexion et à la compréhension de la réalité de notre interlocut.eur.rice. Ne pas répéter ou réaffirmer des choses qui ont été dites ou sous-entendues permet de plonger plus profondément dans le sujet et évite un dialogue qui demeure en surface, d’apparence et vide.

Être une bonne personne alliée signifie de prendre moins de temps de parole que ce à quoi nous sommes habituéEs, cela permet aux populations marginalisées de nous éclairer sur leur réalité. Il est nécessaire d’être patientEs puisque cela peut prendre du temps avant qu’iels se sentent à l’aise de parler. Il ne faut pas avoir peur des silences, des pauses et des moments de réflexion dans une discussion. Être une bonne personne alliée signifie aussi se reculer afin de permettre aux autres d’avancer.

Maintenant que vous êtes bien outilléEs à mieux dialoguer en tant que personne dominante, il y a un dernier élément qu’il est important de comprendre. Il est possible qu’une personne vous call out. C’est-à-dire qu’elle vous souligne qu’un propos ou un comportement que vous avez énoncé est violent, que vos actions ou paroles l’ont oppriméE. Je vous invite, suite à cette mise en lumière, à avoir une réflexion sur ce qui a été fait. La norme sociale est ce qui nous construit en tant que citoyenNEs de ce monde. Elle nous module afin de nous uniformiser. Elle le fait de manière insidieuse. Ainsi, il est faux de croire que nous sommes touTEs à l’abri de l’émission de comportements opprimants. Cela ne fait pas de nous des personnes racistes, sexistes, hétéronormatives, transphobes, capacitistes… mais nos actions peuvent l’être. Notre pouvoir est dans la déconstruction de cette norme opprimante. Je vous invite ainsi à vous questionner sur la nature de vos actions, propos et réflexions. Pourquoi avez-vous dit cela ? Quelle place devriez-vous occuper dans une telle discussion ? Lorsqu’un sujet qui ne vous concerne pas est abordé, je vous invite à vous taire et à écouter les personnes marginalisées, elles sont mieux placées pour parler des oppressions qu’elles vivent. En effet, elles ont une meilleure connaissance de cette réalité puisqu’elles ont un savoir qui découle des expériences vécues en tant que personnes opprimées. Les discours dominants se retrouvent partout et nous y sommes constamment confrontéEs. Les populations marginalisées ont ainsi une position plus objective, car elles ont une bonne connaissance des discours opprimés et dominants.

Considérant que notre position dépend d’où nous sommes situéEs dans le carrefour des rapports sociaux, elle change selon le contexte dans lequel nous sommes. Il est ainsi possible d’être par moments dominantEs et dans d’autres contextes oppriméEs.

Finalement, pour ces moments où nous sommes oppriméEs, il est nécessaire de bien s’entourer. Il est nécessaire, dans notre quotidien, d’avoir des proches qui partagent une part de notre vécu. Le fait de bien s’entourer permet la création d’un espace où il est possible de se sentir en sécurité.

 

*Il est à noter que cet article est, en partie, inspiré d’un tract qui a été distribué dans le cadre du cours Féminisme Noir qui a été donné par Agnès Berthelot-Raffard à l’Université du Québec à Montréal.

Par Dandelion

 

 

[1] Individu dont l’identité ou l’expression du genre correspond au sexe assigné à la naissance.

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