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« Chroniques d’une névrotique » – Le Naïkan : vers une thérapie humaniste japonaise

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Par Jay Ma via Unsplash

Origine

Pour expliquer la thérapie Naïkan, on doit d’abord expliquer d’où provient le Naïkan. C’est un terme japonais qui veut dire : « regard intérieur » ou « introspection ». On peut aussi le traduire par « se voir avec les yeux de l’esprit » (Murase, 1996). Les traductions sont cependant maladroites, car elles n’en capturent pas tout à fait l’essence véritable avec notre vocabulaire occidental. Cette pratique a été développée en 1956 par le bouddhiste japonais Ishin Yoshimoto. C’est en voulant rendre accessible à la communauté une méthode difficile de méditation qu’il a développé le Naïkan.

Le Guide

Le pratiquant – c’est ainsi que se nomme l’utilisateur du service – est appuyé par un guide. Ce dernier doit avoir de la compassion, une capacité d’écoute et une « disponibilité intérieure ». Bien qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir des connaissances en psychothérapie, il est cependant essentiel d’avoir « 1) une qualité d’écoute et d’acceptation totale, 2) une attitude d’humilité et de gratitude devant les réflexions du pratiquant, et 3) une pratique quotidienne du Naïkan » (Murase, 1996). Le guide invite aussi le pratiquant à observer la réalité sans le filtre des émotions. Les émotions portent des vérités, mais pas celle de la vérité vraie. Ainsi donc, le fil conducteur est la réalité, non pas les émotions dans cette thérapie (Murase, 1996).

Méthode

Le Naïkan se pratique lors d’une retraite qui dure une semaine, à raison de 15 heures par jour (Itoh & Hikasa, 2014). Les pratiquants s’isolent donc de la vie pendant sept jours. Ils sont hébergés dans un centre, où on leur simplifie la vie en leur fournissant les repas et les autres commodités afin qu’ils puissent se concentrer à 100% sur leur pèlerinage personnel (Murase, 1996). On ne parle pas de méditation, mais plutôt de réflexion. Le rythme de vie est très strict. La structure des journées est rigide afin de réduire le plus possible les tracas des pratiquants et le stress de se demander quand devoir faire quelque chose. L’horaire permet d’effacer les obstacles qui nuisent à une bonne réflexion. Les pratiquants sont tous dans la même salle, derrière des paravents. Ils sont cependant bien espacés pour conserver l’intimité et la confidentialité.

La réflexion durant ces sept jours[1] est également structurée. Non pas qu’on impose un rythme de réflexion, mais plutôt qu’on invite le pratiquant à se limiter à trois questions. De plus, les observations doivent être concrètes (Murase, 1996).

Les trois questions

  • Qu’ai-je reçu d’autrui?
  • Qu’ai-je fait pour autrui?
  • Qu’ai-je causé comme tort à autrui?

(Murase, 1996)

La première question, « Qu’ai-je reçu d’autrui? », a pour but de nous faire réaliser ce que nous avons réellement, mais que dans la frustration ou le ressentiment envers cet autre, nous ne voyons pas (Murase, 1996). Ainsi, nous pouvons réaliser que nous avons reçu  de petites choses qui ont eu une valeur très importante, et vice-versa. Le pratiquant est invité à constater ce qu’il a reçu de cet autre, en le notant sur une feuille de papier. Il dresse une liste mentale de toute l’aide qu’il a reçue, tangible ou non (Murase, 1996).

La deuxième question, « Qu’ai-je fait pour autrui? », a pour but de mettre de côté la préconception que tout nous est dû (Murase, 1996).

La troisième question, « qu’ai-je causé comme tort à autrui » est la plus difficile des questions. Elle est placée à la fin de la liste pour cette raison (Murase, 1996). Lorsqu’un accident arrive, il est fréquent d’accuser l’autre ou de dire que c’était justement, un accident. Il est très rare de voir les gens accepter avec humilité leur tort, sans chercher à partager la culpabilité avec quelqu’un. Il est même fréquent de vouloir aider et de finalement nuire. Ainsi, lorsqu’une feuille tombe de l’arbre, elle ne tente pas de montrer seulement le bon côté d’elle-même. Elle tombe, simplement (Murase, 1996). C’est un fait. C’est l’attitude de cette feuille d’arbre que la troisième question tente de reproduire. Il faut donc accepter ce qui arrive, sans essayer de montrer notre bon côté lorsque nous faisons des erreurs ou que nous blessons les gens. Que ce soit voulu non, ça s’est produit. C’est arrivé. Peu importe l’angle sous lequel on le regarde.

Ainsi, lorsqu’une feuille tombe de l’arbre, elle ne tente pas de montrer seulement le bon côté d’elle-même. Elle tombe, simplement (Murase, 1996). C’est un fait. C’est l’attitude de cette feuille d’arbre que la troisième question tente de reproduire. Il faut donc accepter ce qui arrive, sans essayer de montrer notre bon côté lorsque nous faisons des erreurs ou que nous blessons les gens.

Dans ces trois questions, autrui peut être virtuellement n’importe qui. Mais il est recommandé de commencer par le plus dur, soit par la personne significative de notre vie : notre mère (ou son remplacement) puisque c’est d’elle que nous recevons le plus et que c’est elle que nous blessons le plus (Murase, 1996). On choisit également un temps donné. Un moment précis. L’essentiel est de se concentrer sur une chose à la fois. Sur une vérité à la fois. La thérapie Naïkan en est une de réconciliation avec nos parents, mais aussi avec nous-mêmes afin de nous pardonner le mal qu’on a fait à nos êtres chers (Murase, 1996).

 

Humanisme et Naïkan, valeurs communes

L’humanisme existentiel met l’accent sur l’, sur la conscience d’exister. Cette conscience d’exister est subjective. L’homme est libre et cette liberté le place dans une situation de responsabilisation de ses actions qui peut entraîner de la Dans le Naïkan, on vient lutter contre cette culpabilité par l’introduction de la gratitude envers la vie. Le principe directeur est la confiance absolue dans les capacités de l’homme « de porter un regard juste sur ses propres actes » (Murase, 1996). Ce principe s’inscrit aussi dans l’approche centrée sur la personne (ACP), puisque dans l’ACP, le thérapeute croit en son client et en son potentiel à résoudre lui-même ses problèmes.

 

Conclusion

Au travers des trois questions, on découvre que « l’on a reçu beaucoup et peu donné » (Murase, 1996). Et qu’on a fait souffrir. La « tâche est de nous souvenir de nos attitudes et de nos comportements, tels qu’ils ont pu être perçus par les autres » (Murase, 1996). Cela pourrait sembler être une méthode culpabilisante, mais le guide se garde de projeter un jugement sur le pratiquant (Murase, 1996). Ces questions mènent éventuellement au pardon de soi.

Ce qu’il reste, après une semaine de réflexion, c’est un changement profond et permanent. Le fait d’avoir ouvert les yeux sur la vérité, et d’avoir vu le monde tel qu’il est au lieu de le voir comme nous aimerions le percevoir permet de s’ancrer dans une réalité vraie, sans concept et sans présupposé  (Murase, 1996).

 

Par Daphné Han Harvey

 

 

 

Références

Gendlin, E. T. (1998). Le Focusing. A.F.P.C. (4). (Notes de cours)

Itoh, K., & Hikasa, M. (2014). Focusing and Naïkan, A uniquely Japanese way of Therapy. Emerging Practice in Focusing-Oriented Psychotherapy: Innovative Theory and Applications, 112.

Murase, T. (1996). La pratique du Naïkan. LeKremlin-Bicêtre: Éd. La Pierre dAngle.

[1] Le Naïkan se pratique encore ainsi, mais il a aussi été adapté à une formule thérapeutique plus occidentale à raison d’une séance par semaine (Murase, 1996).

[2] Notes de cours (LeSouarnec, 2017)

 

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