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Surmédicalisation : la théorie présentée par Régis Blais

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Régis Blais, vice-doyen de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, a débuté les conférences du 3e Sommet du FRESQue (Cliquez ici pour accéder au texte 3e Sommet du Forum de la relève étudiante pour la santé au Québec : l’enjeu de la surmédicalisation). Monsieur Blais, détenteur d’un doctorat en psychologie de l’UQAM, est aussi professeur titulaire et chercheur à l’Institut de recherche en santé publique (IRSPUM).

Son exposé vise à expliquer les concepts de surmédicalisation et sous-médication, il mentionne d’ailleurs plusieurs statistiques plutôt choquantes. Il débute en spécifiant que la surmédicalisation est un phénomène détecté dès les années 90. Déjà, à l’époque, 30% des services de santé octroyés ne sont pas nécessaires. En 2014, la situation ne s’est pas améliorée, puisque plus de 60% (61,2%) des visites aux urgences au Québec ne sont pas classifiables comme étant urgentes, selon le Commissaire à la santé et au bien-être (2014). De plus, aucune preuve ne démontre que visiter un médecin annuellement réduit le risque de mortalité lorsque la personne est en santé.

Le conférencier traite également des services inappropriés ou non pertinents. Il catégorise de tels services ainsi : soit ils n’apportent pas de bénéfice au patient, soit ils auraient pu être octroyés de façon moins coûteuse ou à un moment plus propice. Cette catégorisation provient d’un article de la chercheure Susan M. C. Payne, datant d’il y a plus de 30 ans, ce qui met l’accent sur l’étendue de la problématique.

Monsieur Blais soulève aussi le fait que le système de santé actuel tend à intervenir médicalement plutôt qu’àtravailler sur la prévention et les déterminants de la santé. Or, on se fie généralement à l’avis du médecin, qui est reconnu comme étant l’expert, alors que le patient est peu impliqué. La tendance est à une « eminence-based medecine » au lieu d’être « evidence-based »! Le conférencier propose plutôt de faire du patient un partenaire de soins qui est davantage à l’affût des conséquences de ses choix.

Parmi les raisons de la surmédicalisation, Régis Blais note le traitement au volume des patients : les cliniques sans rendez-vous essaient de voir le plus de patients possible. . Parallèlement, certains facteurs prolongent le séjour à l’hôpital. Entre autres, l’attente du diagnostic d’un médecin spécialiste et l’absence de places dans un établissement de soins de longue durée sont les symptômes d’un système qui n’est pas prêt à recevoir un patient à l’endroit le plus pertinent pour lui. Dans le domaine de la santé, on en a déduit une loi, la loi de Romère (« Roemer’s Law ») qui prévoit que plus lesressources sont disponibles, plus elles seront utilisées.

La première conférence se conclut avec les pistes de solution qui sont proposées par monsieur Blais. Parmi ces recommandations, il suggère une plus grande transparence desmédecins afin de réduire les risques de poursuite pour faute professionnelle; souvent, le poursuivant est en quête de vérité et espère que sa plainte fera en sorte que la situation ne se reproduise pas. Le conférencier préconise aussi une rémunération des médecins à partir du principe de « value-based healthcare », un mode selon lequel un soin n’est payé que lorsqu’il est pertinent ou qu’il fait du bien au patient; ainsi, il s’agirait de payer pour recevoir les bons services. Monsieur Blais suggèreaussi de réduire les charges des médecins en s’inspirant des infirmières en Ontario qui sont assez formées pour répondre aux besoins des cliniques sans rendez-vous, et ce, afin que le patient n’ait pas besoin de voir un médecin. Finalement, monsieur Blais est de l’avis que les ordres professionnels devraient décider de ce qui constitue un acte approprié en fonction des données probantes.

Cette conférence a offert un survol des notions nécessaires pour les activités de réflexion sur les enjeux médicaux ayant pour but la rédaction du mémoire du FRESQue. Ces notions sont peu abordées dans le cadre de la formation en psychologie, mais également dans le cadre d’autres programmes. En effet, l’une des suggestions soulevées dans le carnet de recommandations du FRESQue est de « faire de l’éducation une priorité », ce qui inclut la diffusion de l’information au public et aux professionnels de la santé. Cela met en lumière la méconnaissance du phénomène de la surmédicalisation, autant chez ceux qui octroient les services de santé que ceux qui les reçoivent. Il s’agit sans contredit d’un sujet qui vaut la peine d’être discuté; en tant que futur professionnel en santé mentale, l’étudiant en psychologie peut facilement se sentir démuni face à l’usage des médicaments, alors que de nombreux clients des services psychologiques en utilisent quotidiennement.

 

Par Elizabeth Tran

 

Commissaire à la santé et au bien-être. (2014). Les urgences au Québec: évolution de 2003-2004 à 2012-2013. Repéré à http://www.csbe.gouv.qc.ca/fileadmin/www/2014/Urgences/CSBE_Rapport_Urgences_2014.pdf (Entre autres, depuis décembre 2017, le CSBE a mis sur son site un rapport intitulé « Utilisation des urgences en santé mentale et en santé physique au Québec », qui peut aussi être très intéressant à consulter.)

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