Autres catégories

Je suis étudiante en psychologie, mais j’ai peur de craquer

Image via Pixabay

Image via Pixabay

Il y a plusieurs mois, j’ai publié un texte qui se nommait « Je suis étudiante en psychologie, mais je ne vais pas toujours bien » dans lequel j’abordais les standards parfois anxiogènes et irréalistes dont peuvent être sujettes les personnes qui aspirent à la relation d’aide. Je considérais primordial et nécessaire de rappeler que les personnes qui tendent vers un métier d’aider sont limitées, et ce, du simple fait qu’elles sont humaines, donc faillibles, et qu’elles « ne sont pas et ne seront jamais invincibles ».

J’ai voulu poursuivre ma réflexion en m’attardant à la place paradoxale que semble occuper la santé mentale des étudiants dans le cadre de leur formation en psychologie. Comme la majorité des étudiants au baccalauréat, j’ai eu l’occasion de côtoyer plusieurs doctorants au cours de mon parcours. J’ai côtoyé des étudiants disciplinés, des étudiants acharnés, des étudiants déterminés, des étudiants impliqués, mais j’ai aussi côtoyé des étudiants épuisés, et souvent ces étudiants étaient les mêmes. J’ai côtoyé des étudiants cernés, des étudiants fatigués qui n’avaient plus le luxe de s’offrir des nuits de sommeil convenables, des étudiants physiquement malades. J’ai entendu des soupirs, des voix saccadées, des voix qui tremblent, des voix qui se perdent. J’ai entendu des contraintes de temps limité parce que les directeurs de thèse doivent nécessairement recevoir des subventions. J’ai entendu des idées de se médicamenter pour améliorer sa productivité. J’ai vu des systèmes immunitaires s’affaiblir. J’ai vu des corps lents et stressés, et des yeux se remplir d’eau.

Le message disant qu’il est prioritaire de prendre soin de sa santé mentale est proclamé sans équivoque, et est entendu. Cependant, très peu de stratégies sont enseignées, voire aucune, et si l’opportunité est prise, la structure de la formation ne permet pas aux étudiants de les déployer concrètement. L’intention est probablement des plus sincères, mais il est clair qu’un déficit règne dans la manière dont s’organise la formation supérieure. J’ai la vive impression que le message « prenez soin de vous » se concrétise plutôt sous la forme « assure-toi de ne pas négliger ta santé mentale, mais oublie-la pour les prochaines années à venir ».

« C’est normal que le doctorat soit exigeant, nous sommes aux études supérieures ! » Vous avez raison, mais… qu’en est-il des personnes qui avaient la profonde volonté de venir en aide, mais dont la flamme s’est éteinte en raison de la charge exigée ? J’imagine que la majorité parvient à retrouver son équilibre, à prendre soin de soi-même et à recadrer ses limites personnelles une fois sur le marché du travail. Mais qu’en est-il de ceux qui, au cours de leurs études, perdent l’essence de leur passion en raison d’une santé négligée ? Qu’en est-il de ceux qui possédaient un sincère intérêt et potentiel à venir à aide, mais qui sont partis à la dérive ? Qu’en est-il de ceux qui ambitionnent la profession de la psychologie pour « sauver » des individus en détresse, mais qui n’arrivent pas à se sauver de la pression trop forte ? Qu’en est-il de ceux qui avaient la douceur nécessaire à l’empathie, mais qui se sont fait dire ne pas être assez « forts » pour le doctorat ? Je me demande quand les qualités humaines seront sérieusement considérées dans le processus de sélection.

Les études supérieures constituent une période de vulnérabilité au développement de problèmes physiques ou mentaux (Hyder, 2006, cité par Rochette, 2012), et nombreux sont les étudiants qui rencontrent des symptômes de dépression, d’anxiété et/ou d’épuisement. Or, les études supérieures doivent-elles réellement se résumer à retenir son souffle sous l’eau ? Ne devraient-elles pas être structurées de manière à ce que son processus soit apprécié ? Ne devraient-elles pas être organisées de manière à ce que la soif de l’avenir y soit nourrie ? N’est-il pas contradictoire que la certification pour aider psychologiquement les individus à s’écouter et à prendre contact avec eux-mêmes exige une négligence de son bien-être mental, social et émotionnel ?

Je suis étudiante en psychologie, je suis viscéralement passionnée et motivée par la vulnérabilité et la résilience, et je réussis très bien, mais j’ai quand même peur de craquer. J’ai peur de perdre la motivation d’aider en raison d’un temps trop restreint pour faire des choses que j’aime hors du champ scolaire, j’ai peur de ne pas être assez « dure » mentalement, j’ai peur de m’écrouler sous la pression inévitable, j’ai peur d’avoir besoin de faire autre chose que d’assister à des congrès scientifiques, j’ai peur de ne pas avoir la capacité de m’impliquer dans plusieurs projets autres que ma thèse, j’ai peur de me voir obligée de délaisser des intérêts centraux dans l’optique de me conformer aux intérêts de mon directeur ou de ma directrice.

Je suis étudiante en psychologie, mais j’ai peur de craquer, et je n’ai pas envie de penser que c’est normal. J’espère sincèrement que le milieu connaîtra prochainement une réorganisation, que des cours de « self care » seront mis en place, et que la formation accordera un plus grand espace au lâcher-prise, aux temps d’arrêt et au « prendre soin de soi ».

Par Laurence Inkel

Référence

Rochette, J. (2012). Le stress et l’épuisement chez les étudiants au doctorat en psychologie
(Thèse de doctorat, Université du Québec à Trois-Rivières).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s